ALPES, AVENTURE

Le Lauzanier, entre Ubaye et Mercantour

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Le Lauzanier en été

 

Se lever tôt, aux premiers rayons du soleil s’insinuant à travers les planches des volets. Ce trait de lumière qui vient te taper dans l’œil miraculeusement pour t’extirper de ton lourd sommeil de marmotte. C’est déjà l’été. Les matins sont plus doux, on ose même sortir un orteil de sous la couette. Debout là-dedans, une grosse marche nous attend. Aujourd’hui on se rend au lac du Lauzanier par un large vallon très prisé car franchement accessible. La seule difficulté sera dans l’endurance. C’est une randonnée d’environ 16 km. Évidemment que pour deux adultes ce n’est pas une performance inégalable mais on aime les défis… : on y va en famille.

La montée au point de départ du Pont Rouge se fait par une petite route de montagne de 6 km qui nous amène au Vallon du Lauzanier. Là, quelques véhicules sont déjà présents. Des guerriers. Tu sais, ces gens efficaces qui ont déjà tout bouclé la veille et qui bondissent au réveil, ceux qui te sortent une barre protéinée à la moindre défaillance, ou qui te croisent dans un dénivelé de 800 m avec un petit sourire détendu et apaisé. Des Dalaï Lama de l’aventure.

Mais nous, ce dont on a vraiment besoin, c’est de décrocher, d’oublier les contraintes. Le sac est rempli de victuailles : saucisson d’Ardèche, vin rouge, jambon cru d’Italie et la tomme des Alpes qui parfume déjà l’air. On garde tout cela pour tout à l’heure, il y aura un temps où l’on saura que c’est ici. Ici que l’on pose nos sac-à-dos, que l’on quitte nos soucis. Alors on se sentira léger et comblé. Les fous rires reviendront, on cherchera le contact de l’autre, on se bousculera un peu, pour se réapprivoiser, comme des toutous qui se chamaillent gentiment. Une dernière petite bourrade pour évacuer les tensions, les difficultés des dernières semaines. Ce qu’on n’a pas eu le temps de régler ou même d’aborder dans la précipitation de la vie. Ici on appuie sur pause et on reprend notre souffle. En enfonçant chaque pas dans les herbes humides, en cognant nos souliers sur les rochers, on se stabilise. On réapprend à voir et à s’écouter.

 

 

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Randonnée dans le VALLON DU LAUZANIER

 

A peine le pied posé en dehors de la vieille Polo, dans les graviers poussiéreux, je vois filer une marmotte à seulement quelques mètres. Je n’en crois pas mes yeux, elle est là, paisible, à fouiner le sol. Au milieu des voitures.
Non mais, petite bébête, tu pourrais faire semblant d’être effrayée, laisse nous au moins commencer à marcher. Qu’on ait un peu plus l’impression d’être parti à l’aventure, à la découverte d’une nature sauvage…

Seulement tu ne bouges pas. Tu nous nargues même de ta petite truffe insolente. Tu n’as pas compris que je recherche autre chose, je souhaite te surprendre dans ton environnement, saisir l’instant pour vite le relâcher, coupable mais heureuse.

Et toi tu es déjà soumise, tu as beau être superbe, tu as perdu ce quelque chose qui te faisait rare.

Encore déstabilisée par cette rencontre, je m’aperçois qu’un peu plus loin, des tas de petits groupes de personnes et d’enfants se sont formés ici et là. Chaque rassemblement a sa marmotte… Je suis déçue. J’étais venue chercher la paix et l’exception, je me retrouve dans un zoo non maitrisé. Heureusement et de manière assez antinomique, le monde des randonneurs reste civilisé. Se conformer aux Tables de la Loi du Parc National du Mercantour, ces deux panneaux à la sortie du parking, pour le marcheur lambda, c’est quelque chose de respectable. Ramasser ses déchets, rester le plus possible sur les sentiers balisés, oublier le camping en journée… il s’y plie sans problème mais mettez lui une mignonne boule de poil sous les yeux et il ne répond plus de rien.

On laisse les badauds à leur mitraillage numérique et on entame la marche. Il va falloir pousser loin pour semer tous ces gens. En même temps, je ne suis pas très optimiste ce jour-là, je me mets même à regretter cette randonnée. Qui plus est, on progresse sur un gros chemin, une autoroute pour promeneurs du dimanche. Mon cœur se serre et le vallon en fait autant. En son sein, un ruisseau serpente en réfléchissant des paillettes argentées. Cela éveille mon intérêt. Comme si la nature me faisait un numéro de charme. Les sommets se dessinent au loin et semblent se refermer sur un ciel dégagé, créant une sorte de cirque. Est-ce que nous irons jusque-là ? On ne sait jamais en montagne, parfois ce qui paraît le plus évident ne l’est pas du tout. Telle ou telle chose à contourner, une falaise, un torrent, comme dans la vie quoi. Finalement ce gros sentier me rassure, je m’y sens bien. Il monte et descend de manière imperceptible. On s’y fait docilement.

Sur un des flancs, des cascades jaillissent de tout en haut jusqu’à ruisseler en diverses petites artères au milieu de grosses touffes d’herbes et d’une mousse épaisse et géante. Comme les lignes de vie d’une main, l’eau est partout. Joueuse et trompeuse. Si on s’aventure sur ce tapis moelleux, on s’y mouille assurément. La douceur de l’été a fait fondre les neiges et l’eau est à profusion. Le vert, omniprésent. Il contraste avec les couleurs fanées de l’hiver passé.

 

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Se découvrir

 

J’entends mon fils souffler et pester. C’est le moment que je redoutais, ça monte tout à coup. On surplombe la rivière, ce n’est bientôt plus qu’un fil d’argent sur une moquette verte. Les cascades, en face de nous, se devinent mieux. Elles sont monumentales. J’aimerais courir et m’en rapprocher mais ce serait une grosse erreur, la distance est énorme. Et la promesse d’un grand lac de montagne est bien plus tentante. C’est quand qu’on arrive ? Cette phrase est un vrai leitmotiv, on n’y répond jamais clairement. Il faut préserver son espoir, conserver l’idée, même minuscule, que la souffrance dans les jambes, dans les muscles va cesser rapidement. D’ailleurs, moi-même je ne veux pas savoir, quand je suis en plein effort, je préfère avancer l’esprit rivé sur mes pieds. Alors la chaleur se fait sentir, le corps bouillonne, les mains picotent. J’ai soudain très soif. On avancera comme ça, en pointillés, avec des petites pauses régulières et un peu frustrantes pour nous, adultes, mais indispensables pour lui, ce bout de chou. On alternera entre stop-pipi, grignotage et pause pour boire… jusqu’à ce que ce soit nécessaire, jusqu’à ce que le corps souffre moins, que les endorphines redonnent la pèche. Voilà.

Mon attention peut se porter de nouveau sur ce qui m’entoure. Et je découvre que le paysage a changé, plus minéral. On a récupéré le petit torrent sur notre gauche, l’Ubayette, on pourrait presque s’y rafraichir un peu. Au milieu des étendues, il y a une cabane abandonnée prête à s’écrouler. Dans les Alpes, on en rencontre très souvent au milieu de rien. Ces maisonnettes supportent le poids de la neige la plus grande partie de l’année, le soleil finit de les achever le reste du temps. Le bois limé et blanchi, les tôles du toit tordues sous l’effet des températures extrêmes évoquent le temps qui passe.  Mais le berger n’en a cure de tout ça, il vient s’y réchauffer pendant que ses bêtes paissent. Rustique et solitaire.

Je me mets à songer à une autre vie.
Mais tu supporterais pas, toi, de vivre isolée… avant même qu’il ne termine sa phrase, je sais qu’il a raison. Je l’aime trop mon ours d’homme, il me connait si bien. C’est vrai, j’aime arpenter la ville. Observer les gens dans les cafés. Me promener sur les marchés et sentir le poulet rôti mélangé à l’odeur des lys de la fleuriste. Entendre les gens parler fort et rire ou l’écho des pas des enfants résonner dans la rue à la sortie des classes. Faire les boutiques et être happée par la foule à la recherche d’un petit cadeau pour l’anniversaire d’une amie. Pourtant je ressens autre chose dans ces contrées, c’est cet autre chose qui me fascine. Cette part inaccessible peut-être, l’idée de privilège.

 

 

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La quête du lâcher prise

 

Un dernier effort, la vue est bouchée depuis un moment déjà, normal ça grimpe sévère. Le petit sentier en lacet, sous le soleil ardent, puise dans nos dernières forces. Soudain on passe le haut de la montagne, on  émerge sur un immense plateau, c’est le lac du Lauzanier. On a beau s’y préparer et même idéaliser, c’est majestueux. Comme si la nature avait prévu de monter crescendo pour nous balancer en pleine face, brutalement, le meilleur d’elle-même. Le ciel s’est garni de lourds nuages blancs qui laissent glisser leurs ombres sur les versants et la surface de l’eau. Les couleurs paraissent irréelles, alternant du turquoise au vert, du bleu au gris. Ces contrastes puissants nous clouent au sol ou bien c’est la fatigue. Quoiqu’il en soit, on a faim. C’est celui-là LE moment ? On l’a atteinte notre quête du lâcher prise ? Plus personne ne parle. On se fait des signes et des grognements amicaux pour s’échanger la nourriture. Le saucisson est encore plus délicieux que d’accoutumée, je laisse fondre un bout de comté dans ma bouche. Comment est-ce possible de prendre autant de plaisir en mangeant ?

Il n’y a pas foule mais tout de même des irréductibles, qui comme nous, ont réussi à trainer leur marmaille tant bien que mal jusqu’ici. On ne va pas rester là, on peut encore avancer, on peut encore tirer quelque chose de plus de cette journée, s’éloigner des gens. Le repas nous a redonné l’énergie pour une suite. Allons-y, on s’en fout, on s’reposera mieux ce soir. On a toutes les nuits pour ça. Ce n’est pas qu’on ne sache pas se détendre mais on est comme ça, on aime profiter à fond de la découverte, ne pas en perdre une miette, quitte à avoir un rythme effréné ! Et puis à présent qu’on est si loin de tout, on ne va pas se laisser pourrir le moment par les autres… on pensera au retour quand on sera prêt à l’accueillir plus volontiers. Ce retour où les jambes redeviendront douloureuses et où plus rien ne pourra les calmer… seule la volonté nous portera. Mais pour l’instant, c’est encore notre curiosité qui nous tracte.

 

 

C’était une bonne idée, désormais on domine le lac et chaque pas nous offre des paysages immenses et dingues. Désormais seuls face à cette beauté, on oublie les ennuis, les inquiétudes, les abrutis. On goûte à la simplicité austère, on s’amuse d’une roche pentue et crevassée, on contourne une marmotte qui se fige devant nous, surprise et vigilante, prête à bondir dans son terrier. Toi tu n’es pas abimée par l’homme, tu as encore la méfiance qu’il faut pour t’en sortir. Une rivière à traverser et on saute de rochers en rochers comme si enfin nous avions des ailes.

Une dernière flèche en plein cœur : un autre lac nous attend, plus petit, plus profond, la couleur bleu éclate de manière quasi uniforme. Là, on va prendre le temps, sans se concerter, on sait que l’on va s’arrêter. Un mélange de sentiments me submerge, l’espoir que jamais cet endroit ne change. Qu’il reste intact et beau comme aujourd’hui. On mange la salade de riz comme des gloutons et on réchauffe nos mains autour d’une tasse de thé sucré, on se prélasse et on sourit. On goûte au bonheur. Juste assez, il ne faut pas en abuser.

Il est déjà tard à l’heure d’un randonneur et il reste 8 km encore pour retrouver les sièges confortables de la voiture…

 

Les infos pratiques >

 

 

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LOCALITÉ DE DÉPART :

Larche, à 25 km de Barcelonnette (vallée de l’Ubaye), suivre la vallée du Lauzanier jusqu’à Larche et peu après le pont, prendre le chemin qui se rapproche de l’Ubayette et passe devant un camping. Un premier parking au bout de ce chemin.

 

INFOS PRATIQUES :

 

Départ : Parking du Pont Rouge à Larche (1907m) dans le Parc National du Mercantour.

En bref :

  • Dénivelé : environ 535 m.
  • Distance : environ 16 km.
  • Temps de parcours : entre 4h à 5h aller/retour sans pause.
  • Difficulté : aucune, marche sur sentier balisé. Randonnée longue en distance.

 

Chemin d’accès :

Suivre les panneaux indicateurs et le GR5-GR56, on suit l’Ubayette tout le long, à mi chemin on rencontre la bergerie des Eyssalps.

On découvre aussi les cascades qui descendent de l’Enclausette et du lac du Lauzanier. C’est un circuit en aller retour.

 

Niveau de randonnée :

Rando familiale jusqu’au Lac du Lauzanier (2284m).

+ Selon les conditions (sans neige) on peut continuer jusqu’au Lac de Derrière la Croix (2442m), attention au printemps la neige peut-être encore très présente.

++ Possible de pousser jusqu’à la Croix (2523m).

 

Quand aller au Lauzanier ?

Pour un lac déneigé et des conditions optimales se rendre au lac du Lauzanier entre juin et septembre.

Des infos plus précises avec la carte IGN, un bon site de rando >

 

 

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