AVENTURE, MAROC

Les rochers de Tafraoute au Maroc

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Tafraoute ville berbère du sud du Maroc

Je roulais déjà depuis des heures, j’étais fatiguée. Je le sais parce que je commençais à dire des choses qui n’avaient aucun sens et je riais de tout, ou plutôt de rien. Ce rire qui te prend comme une ivresse. Quand tu es dans les extrêmes entre gaieté et tristesse. J’en étais là. Certes, on alternait au volant… pourtant, les membres se raidissaient et le cerveau commençait à ralentir.

Des montagnes du Haut Atlas, nous étions descendus vers Taroudant. Cette ville était un peu la pause obligatoire pour manger, se réapprovisionner, faire refroidir le moteur. Pas spécialement exceptionnelle, nous la connaissions déjà pour l’avoir traversée à d’autres occasions et nous devions faire beaucoup de bornes pour rejoindre notre prochain arrêt. S’abstenir de perdre du temps était primordial. De plus, rouler de nuit au Maroc ne faisait pas partie de nos idéaux… la nuit noire, une chèvre, un marocain, une charrette, l’accident est trop vite arrivé par ici.

Il fallait continuer, et cela dans une chaleur intense de mois d’Août. Quand je dis intense, ce n’est pas pour rendre l’instant plus romanesque. On était aux alentours de 50 degrés. Je n’avais jamais vécu ça avant. Une chaleur lourde comme si on t’appuyait sur la tête pour t’écraser. Nous parcourions depuis un moment des déserts de pierres sans fin, inondés de soleil et en apparence sans aucune vie. Parfois, une bosse dans cette platitude, quelques falaises sèches, ça montait, zigzaguait et de l’autre côté, une même étendue immense s’offrait à nous. Plus nous avancions vers le sud, plus l’air semblait solide, saturé de poussière, à peine respirable. Désormais on distinguait les collines alentours à travers un filtre beige. J’avais l’impression qu’on avait estompé le paysage, plus doux, comme dans un songe dont on ne se rappelle pas vraiment les couleurs et les contours…

Tafraoute, cette petite ville berbère nichée dans un cirque de rocs de granit rose dans l’Anti-Atlas aux montagnes arides ponctuées de villages hors du temps. C’était le prochain arrêt de notre Road Trip au Maroc.

 

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Tafraoute

 

Nous sûmes que nous approchions d’une ville en voyant les taches bleues dans les arbres et sur le sol. Oh regarde ! qu’est-ce que c’est ?
Des sachets plastiques. C’était des sachets plastiques !! De partout, les poches de couleur cyan ou parfois vert kaki que tout bon marocain utilise pour ses achats. Le paysage en était constellé. C’était triste et un peu déconcertant. La maison d’hôtes se situait dans le village de Tandilt, à 5 kilomètres de Tafraoute. Nous quittions ainsi la seule route goudronnée pour une piste ponctuée de quelques habitations.

La poussière, se développant derrière la voiture en nuage volumineux, arriva à s’insinuer dans notre atmosphère, même avec les fenêtres fermées. On ne pouvait déjà plus respirer normalement, alors un peu plus un peu moins… Sur le bord du chemin, quelque chose avait bougé. Arrête toi. Deux petits chiens mourants. Ils étaient dans la terre, sales et pouilleux. Les yeux vitreux, ils n’avaient peut-être qu’un mois ou deux. Même plus la force d’aboyer, l’un deux frémit à peine. Ne les touche pas, ils ont l’air malade. Avec un paquet de brioches vide, on fit une sorte d’écuelle de fortune. On y mit de l’eau. On avait rien d’autre. Merde. Le plus costaud peut survivre, c’est un battant, il arrive à boire seul. Le cœur brisé, on reprit la voiture et tout doucement on continua. L’entrain n’y était plus trop. Cette approche avait cassé l’ambiance. Le coin nous semblait même un peu sordide du coup, à l’abandon. Pourtant, les montagnes aux roches de grès et de granit rose nous entouraient chaleureusement. On se trouvait à plus de 1000 m sans vraiment s’en rendre compte. Le sommet du djebel Lekst et celui de l’Adrar Mquorn veillaient sur nous. Ici les rochers avaient des noms et qui sait, peut-être des yeux pour pleurer. On pouvait distinguer la Tête du Lion juste au dessus des habitations.

 

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Jacques et Yamina de Tafraoute

 

L’arrivée à la maison d’hôtes Yamina termina de nous bousculer. Cette fois-ci dans l’autre sens. Une villa traditionnelle aux murs de chaux rougeoyants, entourée de cactus et d’arbres en fleurs. Une maison tout droit sortie d’une revue, un petit air hispanisant dans ce désert. Le sol du hall d’entrée était en terre battue avec un passage sombre dont on distinguait des murs en pierres apparentes. On apprendrait plus tard que c’est une maison berbère traditionnelle. Une petite dame charmante nous reçut sans trop de mots, une marocaine plutôt timide qui nous fit comprendre que pour accéder à notre chambre il fallait emprunter ce couloir sorti d’une autre époque. Voilà qui suffisait à me rendre le sourire. L’accès un peu mystérieux, se rétrécissait en un escalier étroit menant à un petit palier. J’aimais déjà ce lieu.

Nous étions totalement épuisés et la découverte du lit fut une bénédiction. Un petit carré de fenêtre fermé d’une grille en fer forgé ouvragé, donnait sur une grande terrasse achalandée de bancs, de coussins, de tentures. Une sorte de Harem ouvert sur le monde. Nous nous empressâmes de goûter à tout cela pour récupérer nos forces.

Nous étions chez l’habitant, nous nous devions de faire un minimum acte de présence auprès de nos hôtes. C’est ainsi que de repas en café, nous découvrîmes le propriétaire des lieux, un personnage de roman à lui seul. C’était un homme assez âgé mais robuste et autoritaire. Il avait parcouru des mers et des océans, de Panama au Maroc, il nous emmena dans ses histoires d’entrepreneur et d’aventurier ambitieux. On apprécia de boire des bières avec lui en l’écoutant nous conter sa vie. Des rencontres qui parfois vous mettent une claque et vous font remettre en question des principes auxquels vous pensiez être attachés.

 

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Les Gorges d’Aït Mansour vers Tafraoute

 

Rassasiés, reposés, il était temps de retrouver la nature. Et ici, elle était encore plus vaste qu’ailleurs ! Le matin, quand l’air était plus frais, le soleil rivalisait avec le ciel bleu dans un combat de contrastes colorés. C’est dans toutes ces couleurs que nous découvrîmes les Gorges d’Aït Mansour. Si ces gorges sont normalement très prisées par les habitants de Tafraoute et par les touristes, nous les avons approchées sous un autre jour, parfaitement déshumanisées ! Non, je ne connais pas personnellement le roi du Maroc et je ne possède pas des millions pour invoquer la privatisation d’un espace public. Cependant, je suis assez folle pour me rendre au Maroc pendant le Ramadan en plein été avec une température de 45 degrés en moyenne. Et ça, c’est décourageant pour la plupart. Pour nous, un véritable bonheur. Certes, quand mes pieds touchèrent le sol, j’ai cru que mes tongs allaient fondre. Évidemment, il faut limiter les déplacements et n’envisager aucune promenade hors sentiers. En même temps, nous n’aurions pas eu le temps pour un trek et les gorges sont déjà splendides ainsi.

Après avoir parcouru des kilomètres de paysages immenses, secs et caillouteux, franchi des montagnes pelées, ce canyon orange et resserré semblait une apparition, un mirage. La route se tortillait entre les falaises ocres, pénétrant une oasis à la végétation luxuriante. Un havre de paix où se mêlaient palmiers, figuiers, oliviers et amandiers. Un filet d’eau persistait courageusement et les grenouilles cherchaient à survivre.
Arrêtons nous là, j’ai faim et il n’y a rien d’autre pour manger ! Il était vrai que cette échoppe adossée à la falaise ne nous attirait pas plus que ça. Un marocain dans l’ombre dormait sur une natte, on se demanda si il avait vu quelqu’un d’autre que nous ce jour-là… On peut manger ici ? Pendant qu’il répondait Oui oui pas de problème, qu’est ce que tu veux manger ? nous entendions : j’ai rien en stock, c’est ramadan, qu’est-ce que je vais leur faire… Ce que tu as l’ami, fais nous quelque chose de bon. Nous attendîmes le ventre en crise sous les palmiers allongés sur des bancs de bois, les tables étaient recouvertes de nappes découpées dans des affiches publicitaires en lino. On avait la table Pepsi. Le petit chat aussi était surpris d’avoir de la compagnie. Celui-ci se portait relativement bien pour un chat marocain. Il y avait du bon à vivre dans une oasis surnaturelle avec un cuisinier pour maître.

Quand les gamelles arrivèrent, nous les accueillîmes avec des yeux ronds et gourmands ! nous avions chacun une petite poêle en fonte cabossée avec une sorte d’omelette au petit pois et vache qui rit. Les épices s’y ajoutant, c’était une pure merveille. La journée se poursuivit dans cette veine là, naturellement, en ouvrant nos yeux plus grands à chaque virage, à chaque paysage. Nous n’arrivions pas à nous lasser de tout ça. C’était un monde de rochers, dispersés dans des zones totalement désertiques. Des paysages de Westerns américains. Parfois grandioses et imposants, parfois nus et désolés.

 

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Les rochers peints du désert de Tafraoute

 

En se rapprochant de Tafraoute on pouvait admirer les rochers peints de l’artiste Jean Vérame. L’œuvre datait de 1985, la nature reprenait ses droits et délavait progressivement les couleurs que l’artiste avait laborieusement étalées sur ces blocs de granit rose. Le rouge et le bleu devenaient pastel et l’on tombait dans des couleurs layettes. C’était original et déstabilisant ces rochers carton-pâte gigantesques affichant des couleurs surréalistes. Une sorte de Land Art peut-être… C’était même attirant. On quitta la voiture, bravant la chaleur, une bouteille à la main pour ne pas succomber sur place. Il fallait s’asperger d’eau toutes les 5 minutes pour supporter ces lourdes minutes hors du cockpit. Nous étions sur Mars, ce devait être ça. Mon esprit divaguait dans cette brume jaunâtre qui nous entourait et plongeait le paysage dans un sfumato italien de la Renaissance. J’étais sur Mars, entre deux arts… vite, vite il fallait retrouver l’air climatisé du véhicule et mon esprit aussi !

 

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Les Gorges d’Aït-Mansour  : à 30 km au sud de Tafraoute, à faire en voiture sur 1 journée ou à pieds sur 2 jours (éviter juillet/août pour les randonnées).

Les rochers peints du désert : à 8 km au sud de Tafraoute, en voiture prendre la direction de Aguerd-Oudad puis suivre Tiznit. Piste empruntable en voiture sur 1 km.

 

 

 

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